La radicalisation : pourquoi ?

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La radicalisation : pourquoi ?

Qu’est-ce qui pousse des individus, souvent jeunes et socialement bien intégrés, à basculer dans la haine des autres et la violence ?

À se « radicaliser » au motif qu’une certaine lecture d’un texte religieux ou politique leur aurait donné une vérité qu’ils seraient les seuls à détenir, et que celle-ci leur donnerait le droit de décider qui a le droit de vivre ou non sur la planète ?

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Soyons francs : ces questions n’ont pas de réponse simple et peuvent être débattues pendant des heures.

Il faut d’abord préciser que les termes « radicalisation » et « se radicaliser » ne sont pas valables que pour les religions. On parle aussi de groupe radical en matière de politique, notamment pour parler des militants des extrêmes qui se « radicalisent » : ils figent leur lecture d’une source (traité politique, doctrine de résistance à l’ordre établi…) pour n’en retenir que l’objectif final (destruction de l’ordre social dominant, effondrement de tel ou tel système politique, installation d’un nouveau mode de gouvernement…) qu’il faut atteindre quel qu’en soit le prix, y compris en recourant à la violence aveugle. Ils considèrent qu’il n’y a pas d’innocent et que toutes les formes de « lutte » sont légitimes.

Qu’est-ce que l’endoctrinement ?

C’est le fait d’installer dans l’esprit d’autrui une vision du monde simpliste qui décrète ce qui est bien et ce qui est mal. Telle une révélation, elle remplace tout ce qu’on a pu croire et nous place « à part » dans l’ordre du monde : celui qui est endoctriné croit qu’il détient la vérité absolue et que les autres sont dans l’erreur. On appelle aussi ça du lavage de cerveau. Lorsque un meneur a une emprise forte sur les autres et qu’il leur répète inlassablement de prétendues « vérités » indiscutables, ses victimes finissent par le croire sans rien remettre en question. Ces individus manipulateurs maîtrisent la rhétorique, un art de bien parler qui fait croire à leurs sujets qu’il a toujours raison et qu’on peut le suivre aveuglément. Dans une secte, on appelle ça un « gourou ».

Attention au « conspirationnisme »

Dès que des événements graves se produisent, on voit circu- ler sur le web des « informations » et des théories du complot ou de la conspiration qui tentent de remettre en question les versions « officielles » (déclarations des autorités, articles des grands médias), souvent en nous expliquant que des intérêts occultes et malveillants ont intérêt à ce que l’on ne sache pas la vérité. Il faut être très prudent à leur égard, car ces théories utilisent des techniques dialectiques qui n’ont rien à envier à celles des recruteurs djihadistes. Elles enferment notre raisonnement à coup d’affirmations et de demi-preuves douteuses dans le but de nous faire adhérer à une vérité cachée à laquelle nous serions initiés parce que nous n’acceptons pas de suivre le troupeau. Pour autant, cela ne veut pas dire qu’il faut se mé- fier de tous les « lanceurs d’alerte » (journalistes, citoyens, intellectuels…) qui regardent les angles morts des événements et partagent les fruits de leurs investigations. Il faut savoir trier le bon grain de l’ivraie en musclant notre esprit critique.

Comment faire ? En s’informant, en croisant les informations entre les sources, mais aussi en échangeant avec les autres en étant à l’écoute de leurs arguments.

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Quels facteurs poussent à basculer ?

Il en va de même en matière religieuse, lorsque des croyants ou des convertis basculent dans la violence en estimant que la prétendue parole d’un dieu, quel qu’il soit, leur ordonne ou les au- torise à commettre en son nom toute action visant à éliminer, soumettre ou convertir les « in- croyants » pour établir sur Terre une forme de théocratie (littéralement gouvernement de dieu ; plus concrètement, gouverne- ment par les religieux).

Quels sont les facteurs qui peuvent pousser une personne à basculer ? On l’a dit, il n’y a pas de réponse simple. Le sentiment de ne pas être comme les autres, de désirer un absolu ab- sent de la société matérialiste jugée « décadente », le fait d’avoir des difficultés dans les rapports sociaux, le sentiment d’être victime d’injustices, de vivre un conflit d’identité si l’on partage une double culture… peuvent par exemple inciter à rechercher dans des textes « forts » (religieux ou politiques), sur des sites « alternatifs » ou auprès de personnes charismatiques un certain réconfort, voire une lecture globale du monde qui répondrait à toutes nos questions existentielles.

Lorsque ce phénomène se pro- duit, on peut avoir l’impression, très trompeuse, d’avoir trouvé « LA » vérité. À la mesure de ce soulagement qui répond à une souffrance ou à un vide, il est facile de croire qu’on peut désormais arrêter de réfléchir et qu’il n’y a plus qu’à se laisser guider à l’écoute de la parole de quelques-uns, qui ont désormais une emprise forte sur nous. On est alors rentré dans un proces- sus d’endoctrinement (lire l’en- cadré) qui peut amener à com- mettre les pires actes au nom d’une vérité pourtant difficilement vérifiable.

Le kamikaze a abdiqué tout esprit critique

Ce phénomène est tellement puissant qu’il peut conduire à l’autodestruction, comme on le voit avec les attentats suicide : persuadé que ce qu’on lui a dit sur le paradis est vrai, le kamikaze a abdiqué tout esprit critique et croit littéralement qu’il va jouir de récompenses fabuleuses.

Dans la vie de tous les jours, on peut observer les signes du basculement progressif vers le radicalisme. En voici quelques-uns :

=> les propos et les idées deviennent de plus en plus intransigeants : les autres ont for- cément tort, on discute de moins en moins avec eux, persuadé que de toute façon on a raison et qu’ils sont dans l’erreur. On peut aller jusqu’à justifier des actes violents au nom d’une idée ou d’une religion.

=> marginalisation sociale : on fréquente moins les amis « d’avant », on se met en marge de la société et de ses com- portements majoritaires ; cela peut passer par un changement vestimentaire. Ou le fait d’arrê- ter d’écouter un certain style de musique, de pratiquer certaines activités (sportives, culturelles…) ou de manger certains aliments.

> déscolarisation, contestation des enseignements qui ne seraient pas compatibles avec ses croyances globalement, refus de l’autorité, agressivité, repli sur soi et/ou autour d’une petite communauté, navigation sur des sites prônant la violence, intérêt pour les réseaux sociaux radicaux, discours sur la « fin du monde »…

Il faut avoir conscience que le processus de radicalisation se fait par étape, et que chacune prise isolément n’est pas forcé- ment anormale dans le processus de construction de l’individu. C’est leur accumulation qui doit alerter.

Ces modifications de comporte- ment peuvent être ostensibles ou pas. Attention : il peut y avoir, chez certains ados, des motivations qui tiennent plus de la provocation que d’une véritable radicalisation.

L’engagement citoyen à portée de tous

Que faire si l’on est soi-même témoin de ce que l’on pense être une radicalisation ? Éventuellement en parler avec ses amis pour voir s’ils partagent votre inquiétude. Mais l’une des premières choses à faire est d’en parler avec un adulte : un professeur en qui on a confiance, le CPE, ou même le proviseur qui, sur un sujet aussi grave, saura se rendre disponible pour vous écouter. Autre possibilité, appeler le numéro vert du Centre national d’assistance et de prévention de la radicalisation au 0 800 00 56 96.

Enfin, sachez que le mal peut avoir son remède. Lorsqu’on est en quête de sens, l’engagement peut être une puissante alternative à une « aventure » hasardeuse dans la colère aveugle et la violence.

Prendre des responsabilités pour agir, défendre pacifiquement les autres, les aider, conduire des projets, être délégué, élu au CVL, s’engager dans une association laïque qui aide les plus démunis, devenir Jeune officiel à l’UNSS, se lancer dans le service civique, devenir jeune sapeur-pompier volontaire, fonder et présider une association…

Bref, remplir sa vie de projets pour soi et pour les autres, n’est-ce pas mieux que de convertir son mal-être en haine ?

F.C.

En savoir plus www.stop-djihadisme.gouv.fr

Numéro Vert du Centre national d’assistance et de prévention de la radicalisation


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