Nicolas Gaume, président du Syndicat du Jeu vidéo

Le secteur du jeu vidéo fait de plus en plus parler de lui, pourquoi ?

C’est un secteur à la fois porteur d’enjeux culturels et d’emplois très qualifiés. Depuis sa naissance dans les années 70, le jeu vidéo a pris une place de choix parmi tous les modes d’expression notamment chez les 5-45 ans. C’est un tissu extrêmement vivant en France, notamment parce que le secteur de la création est poreux. Beaucoup de talents se créent dans l’univers de la BD, du dessin animé, des romans, des images interactives et les créateurs passent d’un média à l’autre couramment. De plus, le jeu vidéo a une dimension internationale. On doit les vendre en Corée, au Japon, etc. S’approprier ce nouveau média est un apanage pour un pays tourné vers l’avenir.

Vous disiez aussi qu’il est porteur en termes d’emplois ?

Le secteur englobe une variété de métiers très importante. Certains se renouvellent, d’autres se créent avec, par exemple, le développement des jeux sur Internet. C’est un terreau qui crée de l’emploi même si en ce moment, comme le reste de l’économie, le secteur souffre un peu. Beaucoup d’écoles de différents niveaux existent. Le SNJV a d’ailleurs créé un label qualité qui sera délivré à celles qui respectent certains engagements concernant les programmes, le travail en équipe, le travail avec des professionnels, etc., et qui ont des résultats en termes de débouchés. De son côté, le SNJV s’engage à les soutenir en envoyant par exemple des formateurs professionnels et en s’impliquant à différents stades de la pédagogie ou de la sélection des candidats si les organismes en font la demande.

« Par définition, pour faire un métier de création, il faut de la passion »

Quels types de formations existe-t-il ?

Aussi bien des formations courtes que longues pour les métiers de l’infographie, de la création d’image, de l’animation, du level design (architecture des jeux), de la programmation ou encore de la conception et du management. Ce dernier aspect est primordial car le jeu vidéo est un travail d’équipe. Des jeux tels que ceux conçus pour la PS ou la Xbox360 peuvent réunir des équipes très lourdes – 250 ou 300 personnes – et sont donc très exigeants en terme de gestion.

Quelles sont les qualités requises pour se tourner vers ces métiers ?

Le talent et la passion sont essentiels ! Il faut aussi un minimum de rigueur, de capacité de structuration et de synthèse et savoir fédérer les gens, surtout pour les métiers du « management numérique ». Tout en étant créatif : on fait travailler à la fois le cerveau droit et le cerveau gauche ! Enfin, la maîtrise de l’anglais est essentielle. Ainsi que la capacité à travailler beaucoup parce que chaque jeu réinvente énormément. Nous sommes des bâtisseurs. On travaille sur l’idée, on expérimente, on ajuste et on fabrique. Cela peut-être intense et surtout très long, car il faut s’assurer chaque fois que notre travail s’insère dans celui des autres. Il faut 1, 2, 3, 4 voire 5 ans pour créer un jeu, donc avoir une vraie endurance. Et ce dans un contexte de compétition acharnée. Plusieurs jeux sortent chaque année et un petit nombre d’entre eux trouvent leur place au soleil. En Europe, nous sommes le deuxième pays créateur après l’Angleterre. Ailleurs, les principaux créateurs sont le Canada, notamment le Québec qui a fait des efforts financiers considérables, les États-Unis, le Japon notamment pour les jeux console, la Corée, la Chine et Taïwan.

Le plan « France numérique 2012 » qui prévoit des financements pour la filière jeu vidéo va-t-il aider à booster le secteur ?

Ce plan a pour ambition de faire qu’il y ait vraiment un espace de création et d’emploi dans ce domaine. C’est très bien que les pouvoirs publics comprennent l’importance de ce secteur, mais cela reste pâlichon au regard d’investissements qui sont faits par exemple au Canada ou en Corée. Le SNJV travaille à l’élaboration de mesures qui permettront de rééquilibrer la concurrence dans ce domaine.

« Faire travailler à la fois le cerveau droit et le cerveau gauche »

On parle beaucoup de serious game, c’est également un débouché ?

Le serious game est un jeu au service du développement de savoirs ou de l’apprentissage, destiné à des institutions ou des entreprises. Par exemple, on peut faire de la prévention des incendies via de la simulation. Les gens jouant de plus en plus, ce média constitue une opportunité pour apprendre. D’autant que lorsqu’on « pratique », on peut être très efficace. C’est donc aussi un débouché et l’appel d’offres lancé cet été par le gouvernement permettra, nous l’espérons, de confirmer cela. Ces jeux nécessitent des compétences présentes dans les studios de développement mais aussi en lien avec les métiers du conseil, pour analyser les problématiques d’une entreprise, définir les actions de communication qui peuvent l’aider, etc.

Passionné vous-même, j’imagine que vous jouez encore ?

Je continue à jouer ! J’aime beaucoup les jeux d’expérimentation et de construction, tels que LittleBigPlanet sur PS3. Ou encore God of War qui me permet de me défouler. Et j’adore jouer à la Wii, du sport ou « Mario », avec mes enfants !

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