Louis Vogel: « le Learning Center sera une sorte de révolution pédagogique. » -Interview et portrait-

Louis Vogel: "le Learning Center sera une sorte de révolution pédagogique." -Interview et portrait-

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 Louis Vogel nous a reçu dans son bureau, place du Panthéon, il y a quelques jours.

Ce bureau, il va d’ailleurs le quitter très prochainement, puisqu’il laisse son siège de président de l’Université Panthéon-Assas (Paris 2), son mandat étant terminé.

Laissant derrière lui un bel héritage et d’ambitieux projets qui continueront de porter sa marque bien après lui (on pense au Learning Center notamment), Louis Vogel va prendre la direction du PRES Sorbonne Universités, dès cet été. Un parcours toujours vers le haut pour un homme qui avance sans doute un peu plus vite que la machine, entraînant avec lui la communauté universitaire.

 

 

 

Pas étonnant qu’il soit Président de la Conférence des Université (CPU) quand on écoute son discours, ses projets, en découvrant à chaque instant une vision précise et qualitative du développement permanent de l’Enseignement supérieur, en incluant toutes ses composantes.

 

A la veille de quitter Assas, l’homme est-il fier du travail accompli ?

« C’est pas une question de fierté, j’ai essayé de faire de mon mieux, à un moment très excitant de la vie des universités. il y avait une véritable dynamique ces dernières années. La loi sur l’autonomie a suscité un mouvement, mais un mouvement venu des universités elles-même, des étudiants, des personnels enseignants, administratifs, techniques… Tout le monde avait envie d’aller de l’avant. »

 

 

 

Aller de l’avant, en surfant sur la vague et en positionnant Assas comme, peut-être, le futur modèle des pôles universitaires de France, accueillant le premier Learning Center d’Europe. Ce fameux ‘centre d’études’, un espace de vie, de convivialité, mêlant vie étudiante, bibliothèque ouverte, espace de restauration et de détente, accessibilité des NTIC… Peut-être le nouveau visage de l’Université de demain.

 

« Le Learning Center à première vue est un projet matériel, avec un gros projet de bibliothèque, des accès distant, des tablettes mise à disposition des étudiants. En fait, ce sera une sorte de révolution pédagogique«  nous précise Louis Vogel.

 

 

On touche là à un élément clé de la vision de ce professeur et juriste, diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, et agrégé de droit privé. Il veut donner, redonner aux universités toute leur dimension d’apprentissage et d’instruction, et faire d’elles un vecteur incontournable pour l’insertion des jeunes dans le monde du travail, et donc dans le monde en général.

 

« Il faut encourager les étudiants à venir à l’université, il nous faut davantage de premières années« . Et d’aller encore plus loin : « pour que tout se passe bien, il faut commencer même avant l’université. Très très tôt, il faut parler des débouchés, dire aux élèves que faire pour y arriver ».

 

 

Une vision qui va au delà de celle d’un président d’Université, voire même au delà de celle d’un président de PRES… Louis Vogel nous précise d’ailleurs un élément évoqué à la CPU : le « moins 3 / plus 3″ : moins trois, ce sont les années avant l’entrée de l’étudiant à l’université, plus trois ce sont celles d’après… La CPU situe donc bien les universités françaises comme un passage ancré dans la vie, qui doit devenir un tremplin pour tous les jeunes étudiants.

 

Lorsqu’on lui parle du classement de Shangaï, toujours défavorable à la France, Louis Vogel, avec pédagogie mais aussi avec l’efficacité d’une plaidoirie, nous démontre « le système français ne se prête pas à ce classement. On ne prend pas en compte le potentiel, et surtout ce classement ne montre pas notre réalité. »

 

 

Selon lui, Shangaï nous est donc défavorable car les règles ne jouent pas en notre faveur. Argument classique, mais complété par une vision plus intéressante : « il montre néanmoins une chose : la désorganisation et la faiblesse de nôtre système. Chez nous on maintient une séparation entre l’Enseignement, la Recherche, les grandes écoles… » 

Une prise de position forte : comparer l’université et les grandes écoles ? Il n’y a qu’un pas que Louis Vogel franchit chaque jour, car pour lui ces frontières psychologiques ne doivent plus exister : « Il faudrait que tout soit réunifié, il faut réorganiser, les PRES ont un rôle à jouer. » 

Pour quelqu’un qui justement prend la tête du PRES Sorbonne Universités, on comprend que les projets voire la feuille  de route sont déjà très clairs dans son esprit.

 

 

Nous lui posons donc des questions sur les PRES, l’équilibre du poids des Universités entre Paris et la province : « le rôle du Ministère de l’Enseignement supérieur c’est d’assurer la cohérence du territoire. Les IDEX par exemple créent un effet de disruption. Il faut donc qu’il y ait un rayonnement des IDEX au delà de leur territoire. C’est de la responsabilité de l’Etat d’assurer l’équilibre du système« .

 

Une prospective de ce que devrait être les rapports universités / grandes écoles, une définition du rôle du MESR… Le matin même où nous l’avons interviewé, Louis Vogel venait de recevoir la nouvelle ministre, Geneviève Fioraso, à la Conférence des Présidents d’Université. S’en était suivi l’après midi même le premier déplacement de terrain officiel de la nouvelle ministre, à l’université Paris 13, avec Jean-Loup Salzmann.

 

 

Que pense-t-il de ce nouveau gouvernement, après le passage de Valérie Pécresse, qui aura profondément marqué l’environnement universitaire ? Réponse tout de go : « il faut continuer. Nous somme senior en dessous de la moyenne de l’OCDE. » Traduisez : l’investissement de l’Etat par étudiant reste très faible comparé à nos voisins… Décidément les comparaisons internationales ne font guère briller les universités françaises. Louis Vogel remet alors sa casquette ‘CPU’ : « nous voulons être un véritable partenaire du ministère. »

Il nous parle ensuite des assises nationales et régionales qui devraient être organisées : « la ministre est ouverte, elle l’a dit ce matin, à ce que la CPU soit associée plus avant. »

 

Oubliées donc les inquiétudes ouvertement affichées dans Le Monde et via l’AFP, d’un MESR qui dépendrait d’un autre super ministère… « Je suis très content que cela n’ait pas pris cette direction ».

 

 

Louis Vogel connait d’ailleurs bien Lionel Collet, le directeur de cabinet de la nouvelle ministre, car il était son prédécesseur à la CPU. « C’est quelqu’un de très ouvert, qui a une très grande connaissance du système de l’intérieur. » Et de rajouter comme une estocade au jury populaire : « c’est le meilleur conseiller que l’on puisse imaginer. On ne peut pas faire de meilleur choix. » 

 

Louis Vogel a cette marque des hommes de charisme :  il est toujours plus éloquent sur les autres que sur lui même. Lui qui a pourtant eu la « volonté de dépasser l’existant » en lançant les travaux du Learning Center, ne se montre pas mélancolique pour autant . Ce qui va lui manquer en quittant l’Université Panthéon-Assas ? « Je le saurai le 21 juin ! ».

 

 

Devant notre insistance à tenter de percer l’émotion de l’homme derrière le sourire du chef, Louis Vogel nous lâche à demis mots : « on s’habitue à un rôle. A un moment, on doit se sentir déboussolé. C’est un challenge, personne n’est irremplaçable. »

Il rebondit ensuite facilement sur les futurs locaux du PRES, qu’il viendrait de trouver, et sur la nomination du commissaire aux comptes… Nous n’en saurons pas plus aujourd’hui.

 

 

Qui va lui succéder à Paris 2 ? Au moment de cette interview, rien n’est fait. On parle de Guillaume Let, membre du Conseil d’Administration de l’Université, et de Denis Alland. Louis Vogel nous indique que la décision sera prise le 20 juin, pas avant.

 

Pour le plaisir, nous lui demandons s’il va reprendre la plume : « Je ne l’ai jamais vraiment quittée… » Et cette fois ci, presque de lui même, il laisse filer une quasi-confidence, un projet personnel :  « J’aimerais bien raconter l’expérience d’un président d’Université, de la CPU… J’imagine que je pourrai aussi écrire un livre général sur le rôle du droit dans la société ».

 

 

Louis Vogel quitte donc la présidence de Paris 2, le 20 juin. Il demeure président de la CPU, et prend les rênes du PRES Sorbonne Universités. Après avoir été « porté par la vague » ces dernières années, il vogue vers de plus hautes fonctions, vers un plus large territoire. Vu le chemin de son prédécesseur, il ne serait pas surprenant de voir, un jour prochain, Louis Vogel développer sa vision de l’Enseignement supérieur réunifié d’un peu plus haut encore.

 

 

 

 

NDLR : Cette interview a été réalisée avant la publication par le journal Le Monde de l’interview de la nouvelle ministre, des projets du ministère pour l’Enseignement supérieur, et la fameuse phrase à propos du 10ème mois de bourse non budgété.

 

 

 

 

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