L’oeil noir #2 : j’ai testé le colunching

L'oeil noir #2 : j'ai testé le colunching

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L’œil noir est une chronique désenchantée à la première personne, un regard sur notre société et le monde qui nous entoure, réaliste et donc pas forcément optimiste.

 Mon rédacteur en chef m’a demandé hier d’écrire un article sur le colunching. C’était la première fois que j’en entendais parler. Ni une ni deux (ni trois, ne soyons pas radins), je tape « colunching » sur Google, et là, devant mes yeux ébahis, tout un nouvel univers  s’ouvre à moi. Le colunching, c’est la boîte de Pandore de ce siècle.

Le colunching, qu’est-ce que c’est ? Pour répondre à cette question, je vais sur un site qui y est consacré. Je m’y inscris. Et là, l’angoisse commence. Pour être clair, le site fonctionne comme un Facebook de la bouffe. Je renseigne mes centres d’intérêt, mon emploi, et surtout, mes goûts en matière de cuisine.

Je fais une recherche pour trouver les colunchers de ma ville. A peine une heure plus tard, je suis contacté par Jacques, qui me propose un repas le surlendemain midi. Ma conscience professionnelle me pousse à accepter la proposition, même si mon cœur me hurle de refuser.


A l’heure dite, nous voici tous deux au restaurant. Il est venu avec ce que j’imagine être l’un de ses amis, mais qui est en réalité un coluncher lui aussi. En y réfléchissant, c’est logique : si Jacques avait des amis, il ne serait pas inscrit sur ce site. Mon calvaire commence. Jacques parle. Fort. Longtemps. Son « ami » ne peut pas en placer une, quant à moi je m’y refuse. Je me contente d’écouter et de rêver de doliprane ou de cyanure.

Jacques et son camarade coluncher (dont j’ai oublié le prénom) mangent avec appétit et boivent beaucoup de vin. Ils sont intarissables sur la qualité du rouge qu’ils descendent. Jacques est commercial depuis vingt ans dans la même entreprise. Il aime son travail « même si on y rencontre de sacrés zouaves ». Il parle de sa famille, d’un air détaché. Jacques n’est pas raciste, « mais quand même y’en a qui exagèrent, on se comprend » (à cet instant, il me fait un clin d’œil, du style « on est du même bord »). Une heure plus tard, je prétexte la reprise des cours pour partir. On se promet de se revoir. Je rentre chez moi. Je me désinscris du site.

Je réfléchis à ce qui me gêne dans ce principe de colunching. Je crois que le problème, c’est que nous vivons dans une société où le fait d’être seul, même pour un court laps de temps, est devenu une tare. Impossible de manger seul sans que les gens se disent « Oh, le pauvre ». Le solitaire est devenu un lépreux. On comange, on covoiture, bientôt il sera impossible d’aller aux toilettes sans se sentir obliger de copisser. Tout cela rentre dans un système de pensée typique du 21ème siècle : depuis des années, on nous pousse à ne rien faire seul. Il faut réfléchir ensemble à des problèmes de communauté, il faut s’inscrire dans des associations, il faut créer des réseaux. Être un citoyen ne suffit plus, il faut être un écocitoyen… Il faut aller à la rencontre d’un maximum de gens, car se retrouver seul, cela oblige souvent à réfléchir aux vrais problèmes.

En gros, cette histoire de colunching m’a donné envie de rester chez moi tout seul et de regarder un film. Je ne trouve plus mon DVD de “La grande bouffe”, je crois que je vais revoir “Le dîner de cons”.

 

L’oeil noir #2 par Laurent Santi

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