La griffe Nolan : la saga de l’apocalypse The Dark Knight Rises (Saga Batman 4/4)

La griffe Nolan : la saga de l’apocalypse The Dark Knight Rises (Saga Batman 4/4)

Après un The Dark Knight brillant de mille feux, l’attente entourant la sortie du dernier volet de la trilogie de Christopher Nolan s’avérait gigantesque. Indescriptible même. Le public, à la recherche du moindre indice, à l’affût de la moindre image, se perdait immanquablement en conjectures. Chacun, ou presque, y allait de son petit commentaire sur les forums et les sites spécialisés. Les journalistes culturels étaient sur les dents. Cette pression inédite a placé l’équipe du film dans une situation forcément inconfortable : comment combler ces attentes démesurées ?

 

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Après une scène d’introduction épatante, présentant – déjà – Bane, véritable colosse enragé doté d’une musculature surhumaine, le réalisateur britannique entame un tour d’horizon des principaux protagonistes. On découvre alors un Bruce Wayne vieillissant – il a quitté Gotham City huit ans plus tôt –, boiteux et reclus comme un ermite. On nous présente ensuite l’acrobate Selina Kyle (Anne Hathaway, formidable), une voleuse de bijoux énigmatique et provocatrice. On retrouve enfin Jim Gordon, devenu commissaire, entretenant tant bien que mal la mémoire d’Harvey Dent, au prix de grands sacrifices moraux. Christopher Nolan installe ainsi progressivement les grandes lignes directrices de son film, dans une avalanche d’images savamment étudiées et à l’aide d’un montage fluide, sans faute de rythme.

 

Peu à peu, de nouveaux personnages viennent se greffer à l’édifice. Marion Cotillard et Joseph Gordon-Levitt entrent en piste. Et la distribution devient alors proprement hallucinante. Devant cette prose cinématographique, on attend patiemment le retour de Batman à Gotham City. C’est chose faite lorsque Bane s’apprête à y semer le chaos. Braquage à la bourse, instauration de tribunaux populaires, abolition des lois de l’ancien régime, prisons vidées, policiers ensevelis et piégés sous terre : Bane, le nihiliste au visage masqué par des tuyaux métalliques et à la voix surnaturelle, ne préconise pas la terreur. Il la personnifie.

 

La ville de Gotham City se trouve coupée du monde. La succession de scènes spectaculaires se poursuit. Et le récit se complexifie irrémédiablement, multipliant les flashbacks, les twists et les fausses pistes. D’une tension inédite, mettant en scène l’apocalypse, The Dark Knight Rises se moque presque de ses quelques incohérences. Il les écrase par sa force visuelle, la maîtrise de ses effets spéciaux, sa composition intelligemment étudiée et ses tableaux de guerre civile. Une puissance de feu rarement vue auparavant. Et filmée en IMAX.

 

 

Le Gotham de Christopher Nolan est une ville moderne, prospère, capitaliste. Mais elle s’effondre, au sens propre du terme, à cause des vilenies de criminels endurcis, offrant une représentation apocalyptique de l’époque actuelle et de ses crises à répétition. Une métaphore forte, visuellement à la fois majestueuse et effroyable. Par ailleurs, la densité thématique de The Dark Knight Rises se montre éloquente : étoffé, feuilletonesque, tissant sa toile au travers des temps et des espaces, suivant près d’une dizaine de personnages, le film ne dédaigne pas l’intellect. Les frères Nolan signent un scénario aux multiples ramifications et dont les sillons secondaires confèrent de la hauteur à l’ensemble.

 

Plus le récit progresse, plus les similitudes entre Bane et Batman s’affirment. Le premier est le double noir du second. Tous deux ont suivi la même formation et ont eu pour mentor un certain Ra’s Al Ghul. D’un réalisme glacial, illustrant toute la détresse du monde en quelques images, The Dark Knight Rises s’offre en plus le luxe d’un retournement final, faisant de Bane, le mercenaire sanguinaire, un vulgaire bouffon amoureux à la solde d’une femme à l’âme insondable. Et le film se clôture par un magnifique montage alterné, nous privant d’un héros pour mieux désigner son successeur, un potentiel Robin.

 

Christopher Nolan arrive parfaitement à jongler avec différentes considérations : ménager une éventuelle suite, faire du spectaculaire, ne pas trahir l’esprit des volets précédents, introduire de nouveaux personnages, boucler la boucle en revenant à Batman Begins. Et, en plus de cela, il sublime ses plans, travaille le découpage, électrise le montage – aidé sur ce dernier point par un Hans Zimmer inspiré. Et nous gratifie d’une fin d’une durée improbable. Si le film manque légèrement de psychologie – c’est indéniable –, il offre par contre un spectacle extraordinaire, unique et par conséquent mémorable. Du très grand cinéma.

 

Jonathan Fanara

 

 

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