Dossier spécial Halloween : 1/3 Les origines de la fête

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Mercredi prochain, fantômes, sorcières et morts-vivants seront de nouveau à l’honneur avec la célébration d’Halloween, la veille de la Toussaint. Arrivée en 1992 chez nous grâce à la popularisation de la culture américaine, cette fête est souvent l’occasion de se déguiser, aller à des soirées costumées et regarder des films d’horreur. C’est également un commerce juteux rapportant des millions chaque année grâce aux nombreux produits thématiques qui envahissent les vitrines des magasins dès septembre. Mais quel est le véritable sens d’Halloween, au fait ? Et pourquoi cette célébration, d’origine païenne, connaît-elle un aussi grand succès chez nous depuis 20 ans ?

A cette occasion, Epicure Web vous propose un dossier en 3 parties pour explorer cette fête sous ses différents aspects. Aujourd’hui, nous nous pencherons donc sur les origines celtiques d’Halloween et retracerons son évolution au fil des siècles jusqu’à aujourd’hui...

Halloween : une fête américaine ?

Chaque année depuis le début des années 90, c’est la même chose chez nous : il y a ceux qui se réjouissent de se rendre à des fêtes costumées voire à des marches de zombies… et ceux, plus sceptiques, qui se désolent de cette propagation mercantile de la culture américaine en France.

Première erreur : bien que la célébration d’Halloween chez nous ait été rendue possible par la popularisation de la culture américaine, elle est en réalité d’origine celte et n’a débarquée sur le continent nord-américain que dans la deuxième moitié du 19e siècle, en même temps que les immigrants irlandais et gallois fuyant la Grande Famine de 1845-1849.

Halloween est la contraction de « All Hallow’s Eve », la Veille de Tous les Saints ou, plus simplement, la Veille de la Toussaint. Fêtée le 31 octobre, ses origines ont longtemps été débattues et n’ont jamais été totalement élucidées. Il faut dire qu’il s’agit d’une célébration qui n’a eu de cesse de se transformer au fil des siècles et, si ses racines celtiques sont évidentes, le Halloween tel que nous le connaissons doit aussi beaucoup au christianisme qui a radicalement changé la façon d’envisager la mort, l’au-delà et les rites funéraires.

Samhain : les origines celtiques

Samhain est la fête religieuse qui revient le plus souvent quand on évoque les origines d’Halloween. Célébration païenne celtique, elle est mentionnée pour la première fois dans des manuscrits au VIIIe siècle. Traditionnellement, elle intervient juste après la saison des moissons et marque la fin de l’été – c’est d’ailleurs le sens du terme en vieux gaélique – et le début de la saison « sombre », les jours se raccourcissant de plus en plus.

Symboliquement, elle représente le moment de l’année où le voile entre le monde des vivants et l’Autre Monde, celui des dieux et des morts (le Sidh) est le plus fin, permettant aux défunts de rendre visite à leurs proches. On pensait aussi que quelques heureux élus, invités par une messagère de cet autre monde, pouvaient eux aussi passer de l’autre côté et profiter durant quelques heures de cet autre monde. Toutes sortes de créatures à l’esprit facétieux (fées, sprites) pouvaient également s’aventurer dans notre monde pour jouer des tours aux vivants, qui cherchaient alors à se protéger par des offrandes ou des sorts de protection. Mais cette croyance était tout à fait secondaire par rapport à la portée positive de ce rite. Les morts y étaient célébrés avec tous les honneurs qui leur étaient dus : de grands repas autour du feu étaient organisés à la tombée du jour et une place leur était décernée à table avec des victuailles.

Des pratiques chassées par l’arrivée du christianisme

La symbolique est donc bien moins mortifère que ce que laissent parfois entendre certains penseurs chrétiens qui voient dans Halloween une invasion néfaste du néo-paganisme et de l’occulte dans le calendrier chrétien – un point sur lequel nous reviendrons dans notre 2e partie. Cette vision macabre tient en grande partie aux rites païens d’alors, très différents de ceux qui seront institués par le christianisme.

Par exemple, il était commun à l’époque de conserver la tête ou le crâne des défunts et de les exposer décorés et garnis lors de Samhain, pour que ceux-ci retrouvent le chemin de leur ancienne demeure le temps de cette soirée. Les offrandes qui leur étaient allouées, dans la croyance populaire, leur permettaient de tenir lieu d’oracles, d’où les nombreux jeux de divination qui avaient lieu à cette période.

L’arrivée du christianisme découragea cette pratique puisque pour accéder à l’au-delà, l’Église considérait que le corps devait être enterré intact. Les têtes coupées exposées à la foule au bout de piques lors des guerres de religion constituaient ainsi clairement une menace de damnation, les morts ne pouvant jamais accéder au repos éternel.  D’où l’image populaire dans la littérature fantastique de fantômes portant leur tête sous le bras. Cependant, cette tradition ne s’éteint pas tout à fait au Moyen-Age : au XVIe siècle, la fille de Sir Thomas More, aurait conservé la tête de celui-ci jusqu’à sa mort.

Fêtes païennes et calendrier celtique

De manière générale, pour comprendre la célébration de Samhain et la symbolique qui lui était rattachée, il faut se pencher sur le calendrier celtique, qui était divisé en deux : une saison sombre et une saison claire. Il s’agissait d’un calendrier luni-solaire ponctué de 8 grandes fêtes, toutes liées au cycle des saisons et aux rythmes de la vie agricole. 4 fêtes lunaires – basées sur les mouvements de la Lune – étaient d’origine agraire, tandis que 4 fêtes solaires célébraient les solstices et les équinoxes. Autre élément important : pour les celtes, le changement de date d’un jour à l’autre intervenait à la tombée de la nuit et le passage d’un mois à l’autre se faisait à chaque nouvelle Pleine Lune. Symboliquement, c’est un processus de gestation qui est  évoqué ici, plutôt qu’une signification fataliste et macabre.

Lors de Samhain, le peuple préparait ses stocks pour l’hiver et abattait l’élevage en guise d’offrandes aux dieux, espérant que la récolte suivante serait abondante. Le 1er novembre étant le Nouvel An lunaire de l’époque, le « réveillon » du 31 octobre symbolisait le renouveau de l’année dans les ténèbres… mais un renouveau quand même. De même, le solstice hivernal, qui a lieu entre le 20 et le 22 décembre, survient lors du jour le plus court de l’année et symbolise la retraite du soleil dans les ténèbres à mesure que les jours raccourcissent. La symbolique de renaissance de la lumière dans les ténèbres demeure.

Plutôt que de marquer la fin de l’année, de l’été et de la vie, Samhain symbolisait davantage le début d’une période de gestation. On reste dans une idée de transition, de passage… d’où la croyance dans une possibilité de communication entre les mondes. C’est le cycle de « vie-mort-vie » si cher à de nombreuses civilisations et mythologies antiques, qu’elles soient grecques, sumériennes, hindoues, etc. La vie et la mort se côtoient et cette dernière n’est pas vécue comme une fin en soi, mais comme une étape de transformation nécessaire au cycle de la vie. Dans les mythes, les héros doivent affronter la mort avec courage – ce qui revient souvent à affronter leur propre part d’ombre  – avant d’espérer ressusciter et accéder à la transcendance.

L’apparition d’Halloween : entre paganisme et christianisme

Définir la période exacte où une fête païenne telle que Samhain s’est muée en Halloween tel que nous le connaissons est dur à définir et de nombreuses théories existent à ce sujet. Ce qui est clair, en tout cas, c’est que cette fête, importée par les immigrants irlandais et gallois en Amérique, a été en partie influencée par le christianisme. Bien que l’évangélisation de la population ait fait reculer les pratiques et croyances païennes, celles-ci n’ont jamais tout à fait disparu et se sont transformées. D’ailleurs, il est utile de rappeler que pour s’imposer plus facilement, l’Église Anglicane n’a pas hésité à se réapproprier des chants païens voire paillards en les réécrivant pour mieux véhiculer son idéologie et convertir les masses. Des restes de cette culture païenne ont donc toujours survécu au travers des cantiques, de certains textes ou us et coutumes.

La tradition du « trick-or-treat » (« farce ou bonbons »), où les enfants du quartier défilent déguisés en frappant de porte en porte pour réclamer des bonbons, est par exemple un mélange de culture païenne et chrétienne. Comme nous l’avons vu, les celtes donnaient de la nourriture en offrande aux morts, à la fois pour honorer les défunts et pour se protéger contre les fées et esprits malins. On suspecte ainsi que cette coutume de se déguiser en fées, lutins ou monstres était une manière de dissimuler son humanité aux yeux de ces derniers pour éviter un mauvais tour.

Côté chrétien, cette coutume vient probablement en partie des rites observés à la Toussaint le 1er novembre dès le 12e siècle. Il était de rigueur, par exemple, de préparer des « soul cakes », des gâteaux destinés à aider les âmes des bons chrétiens au purgatoire à atteindre le paradis. Des troupes d’enfants défilaient alors dans les rues le soir pour collecter les biscuits confectionnés. La première trace écrite de cette tradition n’a été enregistrée qu’en 1895 en Écosse.

La très célèbre tradition de vider des citrouilles pour en faire des lanternes, qui est apparue en Amérique en 1837 et existait déjà en Irlande et Pays de Galle,   répond à la même logique. A l’origine, on pense que cette coutume était simplement liée à la fin des moissons. Cependant, lors des célébrations de la Toussaint, les enfants portaient souvent ces lanternes et il est communément admis par les chercheurs que la flamme de la bougie symbolisait l’âme des morts au purgatoire. On voit donc comment ces deux systèmes de croyance se sont mélangés, se contaminant mutuellement, de sorte qu’il est aujourd’hui difficile de les démêler tout à fait, bien qu’Halloween soit considérée comme une fête païenne n’ayant aucun rapport avec le christianisme.


Du 19e siècle à aujourd’hui : une popularité croissante

En Amérique, la fête ne s’impose que durant la 2e moitié du 19e siècle. Elle reste d’abord cantonnée aux immigrants gallois et irlandais, avant de se propager progressivement à toutes les couches de la population au début du 20e siècle. Les premiers défilés costumés sont enregistrés en 1911, tandis que les fameux « trick-or-treat » n’apparaissent qu’en 1927 au Canada. Le terme n’apparaît aux États-Unis qu’en 1934, au moment où la fête devient réellement populaire et ne cesse de prendre de l’importance à partir de là.

Pour les immigrants, il s’agit sans doute au départ de rendre hommage à leurs racines et à leurs ancêtres en organisant de grandes fêtes comme autrefois. A mesure que la fête se popularise, c’est principalement son aspect festif qu’on retient. La littérature gothique, le cinéma fantastique et d’horreur auront une influence majeure sur l’imagerie que l’on connaît tous aujourd’hui. Cette culture populaire se retrouve de plus en plus au fil des décennies dans les costumes vendus (une industrie à part entière), les maisons hantées et attractions foraines en tous genres (un business qui rapporte entre 300 et 500 millions de dollars par an aux États-Unis) et les produits dérivés. Ce n’est pas pour rien qu’en Amérique, Halloween est la seconde fête la plus rentable de l’année, juste derrière Noël. 

La popularité grandissante de la culture américaine – voire sa banalisation – ont permis ces 20 dernières années à Halloween de s’imposer sur tous les continents: il s’agit maintenant de la 6e fête la plus profitable au niveau mondial. Malgré une polémique sous-jacente entretenue par le Vatican et certains courants chrétiens, le caractère religieux n’est plus de mise, mis à part chez les néo-païens comme les wiccans, qui le fêtent en tant que tel. Halloween est surtout une fête où l’on aime se déguiser et rendre hommage à la culture populaire fantastique et horrifique lors de soirées costumées ou séances de film d’horreur entre amis avec bonbons et pop-corn. L’occasion de s’amuser alors que la température baisse brusquement et de s’amuser à se faire peur, en grands enfants que nous sommes tous au fond restés.

Dans la 2e partie de notre dossier, nous nous poserons justement la question suivante : comment expliquer la popularité d’Halloween et pourquoi aime-t-on autant avoir peur ?

 

Cécile Desbrun

 


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