Derrière le succès de Dexter -saga 1/3-

Derrière le succès de Dexter -saga 1/3-

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De nouvelles photos et bandes annonces ont été dévoilées récemment pour la prochaine saison de la série Dexter.

Six saisons, de multiples récompenses et des millions de fans : depuis sa création en 2006, Dexter remporte toujours un vif succès public et critique. La diffusion  de la saison 6 s’est achevée début avril sur Canal + sur un climax sans précédent. L’occasion de revenir sur l’engouement provoqué par la série et son évolution… 

 

 

 

Dexter, humain malgré tout 

 « Le sang ne ment jamais. » Voilà un slogan des plus appropriés : Dexter Morgan travaille comme analyste pour la police de Miami. Son métier ? Etudier les traces de sang sur les scènes de crime. Dans le même temps, à l’insu de ses proches, il est un serial killer se servant de son travail pour retrouver la trace de tueurs ayant échappé à la justice.

Car sous ses dehors de gentil garçon timide et transparent, Dexter cache un douloureux secret : il a assisté au meurtre à la tronçonneuse de sa mère prostituée et a baigné dans son sang alors qu’il n’était âgé que de 3 ans.

 

 

 

Au nom du père 

Adopté par Harry Morgan, le policier chargé de l’affaire, il est devenu un jeune homme singulier, dépourvu d’émotions et habité de pulsions meurtrières qui ne pèsent pas lourd sur sa conscience.

Pour éviter que son fils ne devienne un psychopathe incontrôlable s’en prenant à des innocents, Harry apprend à Dexter à ne tuer que des meurtriers avérés qui sont passés entre les mailles du filet… en utilisant les méthodes de la police, qu’il intégrera en tant que rat de laboratoire.

Lorsque son père passe l’arme à gauche, Dexter applique le « code » qu’il lui a enseigné et qui lui sert de repère « moral ». Du coup, à chaque fois que le tueur se retrouve dans une impasse, il parle avec son défunt père qui apparaît comme sa conscience mais aussi comme le reflet de ses peurs les plus profondes : être arrêté et décevoir ses proches lorsqu’ils découvriront la vérité.

 

 

Un serial killer trop sympathique ? 

La question de la morale est aussi ce qui fait grincer des dents à certains parents inquiets : en obtenant la sympathie du public, le personnage ne pourrait-il pas inspirer des tueurs en puissance, voire même susciter des « vocations » ?

Une question qui s’était déjà posée avec la trilogie des Scream et un certain nombre de films et jeux vidéo violents. D’autres voudraient réduire la série de Showtime à une œuvre prônant la peine de mort et la justice personnelle…

 

 

Dans la première saison, le personnage a un côté froid et impénétrable le rendant particulièrement inquiétant… et pas forcément très sympathique. Le spectateur est révulsé et fasciné par cet anti-héros qui s’adresse à lui en voix-off, un procédé qui nous place dans son esprit et induit une inévitable identification, qu’on le veuille ou non.

Dès le départ, c’est ce principe qui a donné toute sa force de subversion à la série et qui a dérangé… Tout comme le Orange Mécanique d’un certain Stanley Kubrick, sorti en 1971 et censuré à l’époque en Angleterre car considéré comme « scandaleux » et « ultra-violent ». Ce à quoi le cinéaste avait répliqué : « Supprimez l’image de la violence, vous aurez toujours la violence, mais vous perdrez la réflexion sur la violence. »

 

 

Une réflexion sur la violence 

Car c’est bien ce que Kubrick cherchait à démontrer : en nous plongeant à notre corps défendant dans la tête d’un adolescent tueur et violeur, le film interroge notre rapport à la violence et la fascination qui en découle. La preuve ? De nombreux spectateurs, niant s’identifier au personnage d’Alex, avaient préféré la première partie du film (celle où le « héros » est libre et commet des crimes) et disaient s’être ennuyés lors de la seconde, lorsqu’il est « rééduqué » par la justice.

En regardant Dexter, on s’aperçoit assez vite qu’aucun des arguments soulevés à son encontre ne tient : même s’il ne se fait pas arrêter, ses actes ne sont jamais glorifiés. La violence des meurtres, brute et non édulcorée, empêche de trouver le comportement du tueur « cool » ou même anodin.

Par ailleurs, Dexter Morgan est un monstre qui a parfaitement conscience de l’être et se garde bien de justifier ses crimes en prétendant être un « mal nécessaire ». De son propre aveu, il n’est pas un justicier mais cherche seulement à assouvir ses pulsions de la façon la plus « acceptable » possible, en limitant les risques de se faire attraper. On ne peut pas nier que le spectateur ressent plus « facilement » de la sympathie envers le personnage car il ne tue jamais d’innocents…

Mais la série contrebalance cet aspect en amenant le spectateur à s’interroger sur cette réaction plus ou moins consciente : un meurtre peut-il être plus « acceptable » ou « juste » qu’un autre ? La réponse est non.

 

 

Dexter : un être humain qui s’ignore

D’autre part, Dexter fait peu à peu remonter à la surface l’humanité du personnage. Michael C. Hall, l’époustouflant interprète du tueur (auparavant connu pour son rôle central dans la série Six Feet Under d’Alan Ball), avait décrit le paradoxe du personnage en ces termes lors de la 1ère saison : « Il nie son humanité, il se décrit comme quelqu’un qui ne ressent rien et pourtant, je crois qu’il suspecte, bien qu’il n’en ait pas encore vraiment conscience au départ, qu’il est en réalité un être humain. »

Au fil de ses aventures, Dexter se découvre de nouvelles facettes et éprouve peur, colère, amour ou douleur, même si très peu de choses sont à même de l’émouvoir ou de le perturber. Ce décalage permanent avec ses proches, dont il ne comprend pas toujours les réactions, rend le personnage d’autant plus sympathique au spectateur.

 

 

Humanité et inhumanité

Bien plus qu’une série de serial killers, Dexter est donc une réflexion sur ce qu’est l’humanité et ce qui nous définit en tant qu’êtres humains. Cette problématique est renforcée par le fait que les scénaristes font régulièrement poindre une certaine forme de déshumanisation chez les personnages de policiers « sains ».

Cette problématique est renforcée par des choix scénaristiques montrant que les personnages « sains » pourraient eux aussi basculer de l’autre côté, affectés par un système qui broie les moins endurcis.

Dans la saison 2, le sergent Doakes abattait un homme sous couvert de « légitime défense » alors que celui-ci n’était pas armé. Reconnaissant un ancien soldat responsable de crimes de guerre, il l’a en réalité exécuté en règle et le lieutenant Maria la Guerta le couvre sans aucune hésitation sous prétexte « qu’il a eu ce qu’il méritait ». Dans la saison 4, Debra s’inquiète également de ne rien ressentir alors qu’elle vient d’abattre pour la toute première fois – de manière justifiée – un criminel lors d’une prise d’otage. Contrairement à l’image que certaines personnes se font de la série, Dexter est donc une série qui place la morale au premier plan.

 

 

 

Tous accrocs à Dexter ! 

La dynamique de la série en elle-même est des plus additives : collègues et proches de Dexter ignorent qu’il mène une double-vie et il doit continuellement leur cacher ses activités, ce qui est source de suspense et de situations comiques. Chaque saison voit également apparaître un nouvel ennemi mortel à l’esprit retord dont le héros se rapproche avant de l’exécuter en toute fin. A cela se rajoute les intrigues policières parallèles qui rythment le quotidien de la Miami Metro et les intrigues secondaires des autres personnages, complexes et attachants.

L’engouement pour Dexter dépasse donc largement le seul phénomène des séries policières et des films de serial killers. Plutôt que de refléter une fascination morbide du public, la série – basée sur une série de romans de Jeff Lindsay – se présente surtout comme un miroir noir où se reflètent les tréfonds de la psychée humaine. Dexter Morgan représente, de manière extrême et donc cathartique, la part sombre tapie au fond de chacun, celle dont on préférerait nier l’existence. Le tueur l’exprime de façon très juste dans le final de la saison 1 : une partie des gens qui le condamneraient s’il était démasqué approuveraient peut-être ses crimes en leur for intérieur. « Je suis l’un des leurs… dans leurs pires cauchemars. »

 

Cécile Desbrun

du même auteur, des articles et enquêtes sur Apple, Cloclo, The Hobbit et Bref.

Prochainement, l’épisode 2/3 de la saga Dexter, avec un résumé de toutes les saisons !

 

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