Bref : on aime et puis… on aime pas. C’est pas faux.

Bref : on aime et puis... on aime pas. C'est pas faux.

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On aurait pu vous la faire courte, mais on va faire le contraire. Série phénomène, procédé d’identification, format court, génération des trentenaires sacrifiés… Tout aura été dit, écrit sur ‘Bref’.

Volontairement à contrecoup, EpicureWeb a confronté la vision de deux de ses rédacteurs, forcément différente, sinon ce ne serait pas drôle. Bref, on vous fait le ying et le yang.

 

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Bref, j’aime bien.

 

Si le format de Bref est pour beaucoup dans son succès, la série n’aurait pas eu le moindre impact si elle n’était pas écrite avec un sens du rythme aussi prononcé.

Regarder un programme de moins de deux minutes n’est pas bien contraignant, mais il serait un peu facile d’affirmer que c’est là la seule raison de sa popularité.  Du débit de voix de Kyan Khojandi en passant par les thématiques abordées et les petites anecdotes décalées  du quotidien où l’on peut facilement se reconnaître ou reconnaître quelqu’un de son entourage, il y a une maîtrise réelle à l’œuvre, et un travail plus important qu’on ne pourrait le croire.

 

 

Là où des programmes de format court comme Un gars, une fille, Caméra Café ou Scènes de ménage reposent sur une succession de gags autour d’un thème donné, dans Bref, c’est la voix-off et le montage qui font naître l’humour. Les séries mentionnées plus haut ont parfois un parti pris esthétique (la caméra est située à la place de la machine à café, les personnages sont toujours cadrés en plan rapproché face caméra…), mais aucune ne repose aussi entièrement sur la forme. Il s’agit d’un dispositif simple mais à la mécanique implacable, qui impose d’emblée une identité forte et une structure immuable. D’où le nombre impressionnant de parodies qui ont très rapidement essemé sur You Tube…

 

Point fort de la série, la forme en constitue également la principale limite : au bout de quelques épisodes, le risque de répétition est grand… Mais Kyan Khojandi et  Bruno Muschio ont su faire évoluer le dispositif, notamment en changeant de point de vue ou en faisant entrer en jeu une certaine continuité. Au départ, on ne connaît que peu de choses de ce narrateur lambda, effigie caricaturale mais sympathique du jeune trentenaire,  qui créé un lien de connivence avec le spectateur en nous parlant en voix-off de petits riens dans lesquels on peut tous plus ou moins se reconnaître.

 

 

Mais, alors que la série aurait pu arriver au bout de cette logique et s’auto-caricaturer, l’histoire du héros s’esquisse d’épisode en épisode. Pas de la manière complexe et profonde des séries d’une plus grande durée – ce n’est de toute manière pas le but – mais on peut entrer en empathie avec le personnage et se demander ce qui va lui arriver ou comment ses histoires de cœur et de boulots merdiques vont évoluer.

 

Ca reste léger et la forme même de la série implique une certaine superficialité – on enlève le dispositif, tout tombe – mais c’est souvent très drôle. Surtout, cette ouverture laisse entrevoir encore de beaux jours à Bref, qui aurait très bien pu, autrement, se contenter d’une poignée d’épisodes. La série ne s’étendra sans doute pas sur des années, mais gageons qu’en détournant son propre dispositif et en développant ses personnages, elle saura encore nous faire rire.

 

Cécile Desbrun

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Bref, ça ne m’a pas fait rire.

Depuis août 2011, ‘Bref’ est la série phare de Canal Plus, et est devenue un véritable phénomène de société. Petite analyse.

Tout d’abord, il semble évident que le succès de Bref tient beaucoup à son format : environ 1 minute quarante secondes, Bref est vite consommé et vite oublié. Avec un tel format, Kyan Khojandi, l’auteur de la série, malin, est sûr de ne pas décevoir son spectateur, tout au plus de le frustrer. Je me suis également fait avoir : j’en ai regardé un épisode, qui m’a foncièrement indifféré, mais comme je n’avais pas eu le temps de rire, j’en ai regardé un autre, puis un troisième.

Bref, c’est ça. Une éjaculation précoce de l’humour, qui va finir par lasser des téléspectateurs plus avides de plaisir que de frustration.

 

 

Deuxièmement, le sujet de Bref. Le sujet, c’est son personnage, anonyme, parlant de lui à la première personne, par conséquent connu uniquement sous l’appellation « Je ». « Je » est chômeur. « Je » est célibataire. « Je » a trente ans. En traitant son sujet de cette façon, l’auteur se veut le porte-parole d’une génération de trentenaires paumés entre les idéaux déçus de leurs parents et les points d’interrogation d’un avenir s’annonçant morose.

 

 

J’ai justement trente ans. Et je nie, je renie, je conchie cette vision fataliste et décérébrée qui veut que je sois perdu, que je me pose des tas de questions existentielles, que j’angoisse à cause du chômage, que j’écume les soirées glauques à la recherche d’un plan cul, comme « Je ». Toutes les générations se posent des questions, ce qui est excitant c’est de se balader entre les réponses.

Enfin, quelques remarques en vrac. En soi, Bref n’est pas une série profondément déplaisante. En effet, elle est bien trop vide et insignifiante pour provoquer une réaction négative. Par exemple, même si l’on n’aime pas les betteraves, dans le fond, il n’y a vraiment aucune raison de s’énerver contre elles.

 

 

Avec ses air d’anti-héros et de loser, « Je » est encore plus représentatif de ce que l’humour Canal Plus prétend détruire : un véritable beauf, à peine digne d’un chansonnier Rire et Chansons à la Patrick Bosso, et s’enfonce dans la démagogie : Khojandi prétend s’adresser à toute une génération pour la représenter, mais se contente de la niveler par le bas pour se prouver que l’adage populaire ne se trompe pas : « Malheur partagé est mieux accepté ».

 

 

Finalement, à trop se servir de la réalité du quotidien comme matière première, comme Gad Elmaleh, Dany Boon et autres Jamel Debbouze, Bref s’enfonce dans un pathos dont les gens vont bien finir par vouloir sortir. Comme l’écrivait le romancier Manchette, « Plus ça va et plus la réalité est apparemment dans son tort. C’est bien : elle ne va plus pouvoir se maintenir très longtemps. »

 

 

Laurent Santi


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