Batman avant Nolan, renaissance d’une saga (Saga Batman 1/4)

Batman avant Nolan, renaissance d'une saga (Saga Batman 1/4)

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Après l’inégale tétralogie des années 1990, signée Tim Burton et Joel Schumacher, Christopher Nolan s’empare des aventures de l’homme chauve-souris.

Il immerge alors son récit dans un climat anxiogène et lui confère une densité remarquable, inscrite dans une actualité brûlante.

Batman Begins (2005) et The Dark Knight (2008) révolutionnent les codes du film de super-héros. Deux volets monumentaux, ténébreux et secoués par les grands enjeux sociétaux. Avec The Dark Knight Rises, le réalisateur britannique propose aujourd’hui l’épilogue d’une trilogie tourmentée, feuilletonesque et viscéralement noire.

 

 

The Dark Knight Rises, épilogue d’une saga apocalyptique (Saga Batman 1/4)

 

C’est à la fin des années 1930 que Bob Kane et Bill Finger, respectivement dessinateur et écrivain, créent le personnage de Batman. Les aventures de l’homme chauve-souris feront ensuite l’objet de multiples déclinaisons, passant de la BD au cinéma, des dessins animés aux jeux vidéo.

Super-héros sans pouvoirs surnaturels, Batman se distingue de ses pairs par des recoins foncièrement obscurs (au sens propre comme au figuré), une atmosphère lourde et la dénonciation systématique de la corruption – généralisée à Gotham City, la ville fictive du chevalier noir.

 

 

Un justicier masqué à Hollywood

 

Le premier film mettant en scène Batman remonte à l’année 1989.

C’est Michael Keaton qui campe le personnage de Bruce Wayne, tandis que Jack Nicholson et Kim Basinger interprètent respectivement le Joker et Vicki Vale. La réalisation est confiée à Tim Burton, qui vient d’achever le remarquable Beetlejuice.

Connu pour ses facultés narratives – jamais démenties depuis – et pour son habileté à façonner des univers singuliers, le réalisateur et scénariste américain se pose avec Batman en conteur impérial, jamais impérieux.

Doté d’une esthétique gothique renvoyant au New York des années 1970 et 1980, ce premier volet jouit d’une réalisation subtile, mariant savamment les considérations visuelles à la nécessité d’imposer le microcosme de Batman, un monde particulier où règne l’obscurité et au sein duquel le bien et le mal se livrent une guerre sans merci. Jack Nicholson habite littéralement son personnage et domine sans mal un casting pourtant solide.

Le Joker, un homme de main prenant peu à peu le dessus sur sa hiérarchie mafieuse, cherche rapidement à défier l’homme chauve-souris, un justicier incorruptible, son antithèse absolue. Les deux protagonistes se disputent l’âme de Gotham City, alors qu’un passif personnel les oppose en filigrane.

Mais le long métrage est surtout l’occasion de découvrir une ville en proie à une pègre insatiable et d’appréhender l’émergence de Batman, un juge moral doublé d’un vengeur redoutable. Un garde-fou indispensable, un régulateur social, guidé par des plaies enfantines jamais cicatrisées.

 

 

 

Burton remet le couvert

 

Après ce premier coup de maître, Tim Burton se lance dans la réalisation d’un second volet : Batman, le défi sort en 1992. La distribution reste savoureuse. Michael Keaton conserve le rôle-titre, tandis que le génial Danny DeVito incarne Oswald Cobblepot (le fameux Pingouin). Michelle Pfeiffer (Selina Kyle, Catwoman) et Christopher Walken complètent le tableau.

Une fois encore, la finesse de la réalisation galvanise le récit, lui offre une impulsion lumineuse, aidée il est vrai par les personnages de Pingouin et de Catwoman, magistralement interprétés par des acteurs survoltés.

Ce nouvel épisode des aventures de l’homme chauve-souris soulève des questions sociales – l’abandon, la famille, la citoyenneté – sans pour autant négliger l’essence de Gotham City – la violence, les luttes de pouvoir, la détérioration sociétale ou encore l’avidité. Sans doute légèrement inférieur à son prédécesseur, Batman, le défi parvient tout de même à installer un univers uniforme, cohérent et alimenté par les pires instincts humains. Il est question de l’égotisme des hommes, de leur besoin de domination, de leur jusqu’au-boutisme mal placé, écrasant, surabondant.

Mais la trame se nourrit aussi de la relation complexe entretenue par Bruce Wayne et Selina Kyle, avec ou sans masque, et de son méchant difforme, névrosé (comme d’ailleurs Catwoman), élevé par les pingouins, évoluant dans les égouts de Gotham City.

Quant au justicier, sa double identité semble lui causer quelques problèmes relationnels. De quoi interroger le spectateur sur la dualité humaine. Au final, Tim Burton livre la suite logique de Batman, habilement orchestrée et faisant montre d’une efficacité insolente, mais manquant peut-être d’un soupçon de génie.

 

 

 

Quand Joel Schumacher flingue Batman

 

L’homme chauve-souris dispose d’une armée d’aficionados. Et, à leurs yeux, Joel Schumacher a commis – au moins – deux crimes impardonnables au cours de sa carrière. Le premier, Batman Forever, date de 1995, alors que le second, Batman & Robin, a eu lieu en 1997.

À vrai dire, la filmographie du réalisateur américain se veut parfaitement inégale. Elle contient des morceaux de choix et des pièces indigestes. Mais, en succédant à Tim Burton, le metteur en scène de Phone Game, Bad Company et 8 mm a réussi une prouesse remarquable : réduire le héros de Gotham City à un vulgaire bouffon, signant par la même occasion une faillite artistique cuisante et totale. Les stars ont beau défiler – Schwarzenegger, Clooney, O’Donnell, Thurman, Kilmer, Carrey, Lee Jones, Kidman, etc. –, le résultat n’en est pas moins désastreux, un naufrage généralisé qui s’étend sur deux films inhabités.

On en vient à se demander à quoi servent ces navets si ce n’est à galvauder sordidement l’héritage de Tim Burton. À première vue, on pourrait même penser à une parodie de concours de mauvais créateurs, tant les décors et les costumes laissent à désirer. On imaginerait presque des films sans pilote ni scénaristes ou dialoguistes.

Mais rien de tout cela ne vient justifier cette débâcle innommable. Les effets spéciaux ratés se comptent par dizaines. Batman et Robin s’adonnent à de grossières disputes (de couple ?) incompatibles avec l’esprit originel des aventures de l’homme chauve-souris, dont l’univers semble trahi à chaque scène.

Les incohérences pullulent ; Joel Schumacher revisite Gotham City avec une désinvolture coupable – associée en plus à un humour pitoyable. Mais ce qui énerve le plus les passionnés, c’est que le réalisateur, en deux misérables films, discrédite durablement l’ensemble de la mythologie de Batman, le transformant d’ailleurs en un justicier décérébré, étourdi et tristement kitsch. En opérant de la sorte, il a déconcerté et déçu nombre de spectateurs. La parenthèse Schumacher est à jeter rapidement aux oubliettes.

 

Jonathan Fanara

 

 

 

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